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La passe décisive n’existe pas, et c’est pour ça qu’elle vaut de l’or
Sur 255 773 buts en base, on sait qui a délivré la passe dans 2,8 % des cas. Ce n’est pas un trou dans nos données, c’est un trou dans les données du football français tout entier. Voici pourquoi, et pourquoi c’est une opportunité.
Par la rédaction · publié le · 4 min de lecture

Il faut commencer par une phrase qui surprend à peu près tout le monde.
La Fédération Française de Football ne publie aucune passe décisive. Pas peu. Pas seulement en National. Aucune, nulle part, à aucun échelon amateur.
Ce n’est pas de la mauvaise volonté. C’est structurel : la feuille de match officielle enregistre des événements, et un événement ne connaît qu’un seul acteur. Un but a un buteur. Un carton a un porteur. Il n’y a pas de deuxième case, donc il n’y a pas de passeur.
Une donnée qui n’a qu’une seule source : nous
Prends n’importe quelle autre statistique du foot amateur. Les buts ont plusieurs sources, dont une massive et automatique. Les cartons viennent de la feuille. Les compositions viennent de la feuille. Les résultats viennent de la feuille.
La passe décisive, elle, a exactement une source possible : quelqu’un qui était là et qui prend dix secondes pour le noter.
C’est ce qui la rend fragile, et c’est aussi ce qui la rend précieuse. Une statistique que personne d’autre ne peut produire est une statistique qui n’existe qu’à un seul endroit.
Comment la passe est construite chez nous, et pourquoi ça compte
Une passe décisive n’est jamais saisie toute seule. Elle s’accroche à un but qui existe déjà.
Ça a l’air d’un détail technique. C’est en fait la décision la plus importante du système, pour deux raisons.
Première raison : la passe hérite de la vérité du score. Comme elle est rattachée à un but réel, elle respecte automatiquement la règle passes inférieures ou égales aux buts, buts inférieurs ou égaux au score. Impossible de déclarer quatre passes décisives sur un match où l’équipe a marqué deux fois. La donnée ne peut pas dériver.
Deuxième raison, et c’est celle qui change tout : tu peux compléter un but que la fédération a déjà publié. C’est même le cas le plus fréquent. La grande majorité des buts en base viennent de la source officielle. Si la passe ne pouvait s’accrocher qu’à des buts saisis par la communauté, la fonction ne servirait qu’à une poignée de matchs.
Ce que la passe permet, et ce qu’elle ne fera jamais
Ce qu’elle permet, une fois qu’elle existe en volume :
- des classements de passeurs, là où il n’y en a jamais eu
- des associations : quel joueur trouve quel joueur, et combien de fois
- le repérage des joueurs décisifs qui ne marquent pas, la catégorie la plus systématiquement invisible du foot amateur
- des fiches joueurs qui ne se résument plus à une colonne de buts
Ce qu’elle ne fera jamais, par choix assumé :
Le vrai plafond, et comment on le fait bouger
Soyons honnêtes sur l’ordre de grandeur. 2,8 % de couverture, c’est peu. C’est même le chiffre le plus bas de tout le système.
Mais regarde comment il est fait : 7 167 passes ont été saisies par des humains, un but à la fois, sans qu’aucune campagne n’ait jamais expliqué à quiconque pourquoi le faire. Ce chiffre a été atteint par accident.
Un club qui décide de saisir ses passes couvre sa propre saison à 100 % en trois heures cumulées sur neuf mois. Cinquante clubs qui le font produisent, en une saison, la première base de passes décisives amateur de France.
Le buteur, tout le monde le voit. Le passeur, il n’y a que toi.
Le geste, en une ligne
Ouvre le dernier match de ton équipe. Sur chaque but déjà affiché, ajoute qui a donné le ballon. Si tu ne sais pas, tu laisses vide : une passe inconnue vaut mieux qu’une passe inventée.
C’est tout. Et c’est, littéralement, la donnée la plus rare du football français.
À toi de jouer
Chaque match raconté sur Coup De Projo l’est par quelqu’un qui était là.